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Crédit Lombard : emprunter sans vendre ses placements

Pascal Elissalde, CIFPublié le 27 octobre 202610 min de lecture

Vous avez un patrimoine financier important et un projet à financer : un bien immobilier, un apport, un besoin de trésorerie. Plutôt que de vendre vos placements, et de payer l’impôt sur les gains, vous pouvez emprunter en les donnant en garantie. C’est le crédit Lombard, un outil ancien du financement bancaire, puissant quand il est bien dimensionné, risqué quand il ne l’est pas.

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L’essentiel en cinq points

En bref
  • Le crédit Lombard est un prêt bancaire garanti par le nantissement d’un portefeuille financier : assurance vie, contrat de capitalisation, compte-titres, contrat luxembourgeois.
  • Le portefeuille reste investi : pas de vente, donc pas d’imposition des gains, et l’assurance vie garde son antériorité fiscale.
  • La banque ne prête qu’une fraction de la valeur du portefeuille ; plus les supports sont volatils, plus cette fraction est faible.
  • Si la valeur du portefeuille baisse trop, la banque peut exiger un complément de garantie ou un remboursement, et, à défaut, réaliser le nantissement.
  • Le crédit a un coût (des intérêts) et un levier qui joue dans les deux sens : il se décide en comparant ce coût à celui d’un rachat ou d’une avance, avec vos chiffres.

Qu’est-ce qu’un crédit Lombard ?

Le crédit Lombard (le nom vient des banquiers lombards du Moyen Âge, qui prêtaient sur gage) est un prêt accordé par une banque en contrepartie d’une garantie sur des actifs financiers. Vous gardez la propriété de vos placements ; la banque obtient, jusqu’au remboursement, un droit sur leur valeur.

Les actifs qui servent le plus souvent de garantie :

Le prêt peut financer à peu près n’importe quel projet : acquisition immobilière, apport dans une société, travaux, besoin de liquidités en attendant une rentrée d’argent (vente d’un bien, cession d’entreprise). Il est surtout proposé par les banques qui tiennent déjà le portefeuille, et réservé en pratique aux patrimoines financiers conséquents : chaque banque fixe ses propres minimums.

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Comment fonctionne le nantissement d’une assurance vie ?

Le nantissement est, selon l’article 2355 du Code civil, l’affectation d’un bien meuble incorporel en garantie d’une obligation. Pour une assurance vie, l’article L. 132-10 du Code des assurances prévoit que la police peut être donnée en nantissement, soit par avenant au contrat, soit par un acte soumis aux formalités des articles 2355 à 2366 du Code civil. En pratique, c’est souvent un avenant signé entre le souscripteur, l’assureur et la banque prêteuse.

Le même article règle trois points qui comptent :

  • Bénéficiaire acceptant avant le nantissement : si un bénéficiaire a déjà accepté sa désignation, le nantissement suppose son accord.
  • Bénéficiaire acceptant après le nantissement : son acceptation est sans effet sur les droits de la banque.
  • Le droit de la banque : sauf clause contraire, le créancier nanti peut provoquer le rachat du contrat pour se rembourser, même si un bénéficiaire a accepté.

Pendant toute la durée du crédit, vous ne pouvez plus racheter librement : en pratique, l’acte de nantissement subordonne presque toujours les rachats à l’accord de la banque (voir retirer de l’argent d’une assurance vie). Les arbitrages restent en général possibles, dans le cadre convenu avec elle.

Et pour un compte-titres ?

Le nantissement d’un compte-titres relève de l’article L. 211-20 du Code monétaire et financier. Il se constitue par une déclaration signée du titulaire ; les titres qui remplacent ou complètent ceux du départ, ainsi que leurs revenus, entrent dans l’assiette du nantissement. En cas de défaut, la banque peut réaliser le nantissement huit jours après une mise en demeure, ou à l’échéance d’un autre délai convenu à l’avance.

Combien la banque prête-t-elle sur un portefeuille, et sous quelle forme ?

La banque ne prête jamais 100 % de la valeur des actifs. Elle applique à chaque support une décote, et ne retient comme « valeur de garantie » qu’une fraction de sa valeur de marché. Ces taux ne sont fixés par aucun texte : chaque établissement a sa grille, qui dépend des supports, de leur liquidité et de la qualité de l’emprunteur. Nous ne donnons donc pas de chiffres généraux, mais la logique est toujours la même :

Type de supportVolatilité et liquiditéDécote appliquée par la banque
Fonds en euros, liquiditésCapital garanti par l’assureur (fonds en euros), valeur stableLa plus faible
Obligations, fonds obligataires de bonne qualitéVolatilité modéréeFaible à moyenne
Actions diversifiées, ETF largesVolatilité élevéePlus forte
Actions isolées, petites capitalisations, devises émergentesVolatilité forte, liquidité parfois réduiteForte, voire support refusé
Non coté, private equity, fonds peu liquidesValorisation espacée, revente difficileSouvent refusés comme garantie

Conséquence directe : l’allocation de votre portefeuille détermine ce que vous pouvez emprunter. Un contrat très investi en actions permet d’emprunter moins qu’un contrat de même valeur largement en fonds en euros. Certaines banques exigent aussi une diversification minimale ou excluent certains fonds.

Crédit Lombard in fine ou amortissable ?

Le crédit Lombard prend le plus souvent l’une de ces deux formes :

  • In fine : vous ne payez que les intérêts pendant la durée du prêt et remboursez le capital en une fois, à l’échéance. C’est une forme fréquente : le portefeuille continue de travailler en entier, et le capital est remboursé par une rentrée d’argent prévue (vente d’un bien, cession, rachat du contrat à terme). Le coût total en intérêts est plus élevé, puisque le capital emprunté reste dû jusqu’au bout.
  • Amortissable : chaque échéance rembourse une part du capital et des intérêts, comme un crédit immobilier classique. Le risque diminue au fil du temps, car le montant dû baisse.

Il existe aussi des lignes de crédit renouvelables, utilisables selon les besoins. Le taux est fixe ou variable selon les offres ; un taux variable expose à une hausse des intérêts pendant la vie du prêt. Nous ne citons pas de taux : ils dépendent de chaque banque, de la durée, des montants et des conditions de marché du moment. Pour un particulier, le taux effectif global reste plafonné par le taux d’usure, publié chaque trimestre par la Banque de France.

Pourquoi emprunter plutôt que vendre ses placements ?

Quatre raisons reviennent dans les dossiers de nos clients :

  • Ne pas déclencher d’impôt. Un rachat d’assurance vie impose la part de gains retirée ; la vente de titres d’un compte-titres impose la plus-value. Un emprunt n’est pas un retrait : rien n’est imposé (détail sur la fiscalité de l’assurance vie).
  • Garder l’antériorité du contrat. Un contrat d’assurance vie de plus de huit ans bénéficie d’un régime favorable, et un contrat ancien est un actif précieux pour la transmission. Le nantir le laisse intact.
  • Rester investi. Vendre au mauvais moment, puis réinvestir plus tard, fait perdre des années de capitalisation et expose à racheter plus cher.
  • Faire jouer un effet de levier. Si le portefeuille rapporte durablement plus que le coût du crédit, l’écart profite à l’emprunteur. C’est aussi le raisonnement de l’investisseur qui finance un achat immobilier à crédit alors qu’il pourrait payer comptant.

Un exemple chiffré

Vous avez besoin de 100 000 €. Deux sources possibles, deux coûts d’impôt si vous vendez (calculs au taux en vigueur en 2026, hypothèses indiquées) :

Si vous vendez…HypothèsesImpôt et prélèvements sociaux
Un rachat partiel de 100 000 € sur une assurance vie de plus de huit ansContrat en unités de compte, part de gains de 50 % (50 000 €), personne seule, versements totaux inférieurs à 150 000 €Impôt : (50 000 − 4 600) × 7,5 % = 3 405 €
Prélèvements sociaux : 50 000 × 17,2 % = 8 600 €
Total : 12 005 €
100 000 € de titres sur un compte-titresPlus-value de 40 000 €, prélèvement forfaitaire unique40 000 × 31,4 % = 12 560 €
Un crédit Lombard de 100 000 €Portefeuille conservé et nantiAucun, mais des intérêts : chaque point de taux coûte 1 000 € par an sur 100 000 € empruntés

Le calcul se fait donc toujours de la même façon : l’impôt évité, et le rendement que le portefeuille continue de produire, contre les intérêts payés pendant la durée réelle du besoin. Sur un besoin de quelques mois, l’emprunt l’emporte souvent ; sur dix ans, avec un taux élevé, pas forcément. Le rendement du portefeuille, lui, n’est jamais garanti.

Quels sont les risques du crédit Lombard ?

L’appel de marge

Le contrat de prêt prévoit un rapport minimal entre la valeur de garantie du portefeuille et la somme due. Si les marchés baissent et que ce rapport n’est plus respecté, la banque vous demande de rétablir la couverture : apporter d’autres actifs en garantie, rembourser une partie du prêt, ou sécuriser le portefeuille. À défaut, elle peut réaliser sa garantie : faire racheter le contrat d’assurance vie ou vendre les titres, au pire moment, en pleine baisse.

Illustration, avec des hypothèses de lecture et non une offre : un portefeuille de 1 000 000 € sur lequel la banque retient 50 % de valeur de garantie, soit 500 000 €, et un prêt de 400 000 €. Après une baisse de 20 %, la valeur de garantie tombe à 400 000 € : la couverture est juste atteinte. Après une baisse de 30 %, elle n’est plus que de 350 000 € : il manque 50 000 € de valeur de garantie : la banque vous demandera de rembourser 50 000 €, ou d’apporter environ 100 000 € d’actifs supplémentaires retenus eux aussi à 50 %.

Le levier joue dans les deux sens

Quand le portefeuille rapporte moins que le crédit, ou perd de la valeur, l’emprunt amplifie la perte au lieu du gain. Les unités de compte, les actions et les fonds de private equity comportent un risque de perte en capital : un crédit adossé à ces supports ajoute à ce risque celui de devoir vendre en baisse.

Le coût et la dépendance à la banque

Les intérêts, les éventuels frais de dossier et de mise en place du nantissement, et le taux variable s’il y en a un, réduisent l’intérêt de l’opération. Pendant toute la durée du prêt, vos retraits et parfois vos arbitrages passent par l’accord de la banque.

Comment limiter ces risques

  • Emprunter nettement moins que le maximum autorisé, pour garder une marge face à une baisse des marchés.
  • Prévoir la source de remboursement avant de signer : une vente, une cession, un rachat programmé à l’échéance.
  • Garder des liquidités ou des actifs disponibles hors du nantissement pour répondre à un appel de marge sans vendre.
  • Adapter l’allocation du portefeuille nanti à la durée du prêt.

Crédit Lombard, avance sur contrat ou rachat partiel : que choisir ?

Sur une assurance vie, trois façons d’obtenir des liquidités coexistent. L’avance est un prêt que l’assureur lui-même s’est engagé à accorder, si le contrat le prévoit ; le rachat partiel est un retrait ; le crédit Lombard est un prêt d’une banque, garanti par le contrat.

CritèreCrédit LombardAvance sur contratRachat partiel
Qui verse l’argentUne banqueL’assureurL’assureur, sur votre épargne
NaturePrêt garanti par le nantissement du contratPrêt prévu par le contratRetrait définitif d’une partie de l’épargne
FiscalitéAucune imposition, ce n’est pas un retraitAucune imposition ; une avance non remboursée peut être requalifiée en rachatImpôt et prélèvements sociaux sur la part de gains
ÉpargneReste investieReste investieDiminue
Antériorité du contratConservéeConservéeConservée (le contrat reste ouvert)
CoûtIntérêts fixés par la banqueIntérêts fixés par le règlement des avancesL’impôt, et le rendement futur perdu
MontantFraction de la valeur du portefeuille, selon les supports ; peut regrouper plusieurs contrats et un compte-titresFraction de la valeur du contrat, selon son règlementJusqu’à la valeur disponible du contrat
Risque principalAppel de marge si les marchés baissentÀ défaut de remboursement, déduite des sommes versées au terme, et imposable si elle est requalifiée en rachatAucun lié au crédit

L’avance est souvent la solution la plus simple pour un besoin ponctuel et modéré. Le crédit Lombard prend le relais quand les montants sont importants, quand le financement doit s’appuyer sur plusieurs enveloppes, ou quand la durée et la forme du prêt (in fine, amortissable, ligne renouvelable) doivent être négociées. Le rachat partiel reste la bonne réponse quand le besoin est définitif et que les gains retirés restent sous l’abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) d’un contrat de plus de huit ans : pas d’impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus sur ces gains.

Pourquoi le crédit Lombard va souvent avec le contrat luxembourgeois

Le crédit Lombard est un outil de gestion de patrimoine à part entière : il permet de financer un projet sans désorganiser une allocation construite sur des années, ni payer un impôt qu’on pouvait différer. Il est très souvent associé à l’assurance vie luxembourgeoise, pour une raison d’organisation : dans un contrat luxembourgeois, les actifs sont conservés par une banque dépositaire, liée à l’assureur par une convention de dépôt (le triangle de sécurité), et plusieurs de ces banques pratiquent le crédit Lombard. Le nantissement se met en place avec des interlocuteurs qui connaissent déjà le portefeuille, sur des encours souvent importants.

Ce n’est pas une raison suffisante d’ouvrir un contrat luxembourgeois : un contrat français se nantit aussi. C’est un outil de plus pour qui a les montants et les projets qui le justifient, par exemple le dirigeant qui vient de céder son entreprise et veut acheter un bien sans entamer le capital qu’il vient de placer.

Chaque situation est différente : composition du portefeuille, durée du besoin, source de remboursement, fiscalité des contrats existants. C’est cette comparaison chiffrée, crédit, avance ou rachat, que nous faisons avec vous avant toute décision, et nous pouvons vous orienter vers les établissements qui pratiquent le crédit Lombard sur votre type d’actifs.

Sources

Textes et règles consultées le 26 octobre 2026 : Code des assurances, article L. 132-10 (legifrance.gouv.fr : nantissement de la police, bénéficiaire acceptant, droit de rachat du créancier nanti) ; Code civil, article 2355 (définition du nantissement) ; Code monétaire et financier, article L. 211-20 (nantissement de compte-titres) ; Contrat d’assurance-vie : fonctionnement (service-public.gouv.fr : avance, rachat partiel, bénéficiaire acceptant) ; Comment sont imposés les revenus d’un contrat d’assurance-vie ? (service-public.gouv.fr : taux, abattements, prélèvements sociaux de 17,2 %) ; Plus-values de cession de valeurs mobilières (service-public.gouv.fr : prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %). Les exemples chiffrés sont les nôtres, à partir des hypothèses indiquées ; ils ne constituent ni une offre de crédit ni un conseil personnalisé.

Pascal Elissalde
Pascal Elissalde

Fondateur d’OP-Invests, conseiller en investissements financiers (CIF, ORIAS n° 23007083, adhérent ANACOFI-CIF)

Mis à jour le 26 octobre 2026
Qu’est-ce qu’un crédit Lombard ?

Un prêt bancaire garanti par le nantissement d’actifs financiers (assurance vie, contrat de capitalisation, compte-titres). Les placements restent investis et à votre nom ; la banque a un droit sur leur valeur jusqu’au remboursement.

Peut-on nantir une assurance vie ?

Oui : l’article L. 132-10 du Code des assurances prévoit que la police peut être donnée en nantissement, par avenant ou par acte. Si un bénéficiaire a déjà accepté sa désignation, son accord est nécessaire. En pratique, l’acte de nantissement subordonne les rachats à l’accord de la banque pendant le prêt.

Combien peut-on emprunter avec un crédit Lombard ?

Une fraction de la valeur du portefeuille, fixée par chaque banque selon les supports : plus élevée sur le fonds en euros et les liquidités, plus faible sur les actions, souvent nulle sur le non coté. Aucun texte ne fixe ces taux.

Le crédit Lombard est-il imposable ?

Non : emprunter n’est pas un retrait. Aucun impôt sur les gains n’est dû tant que le contrat n’est pas racheté ou les titres vendus. Si la banque doit réaliser sa garantie, le rachat ou la vente qui en résulte est, lui, imposé normalement.

Que se passe-t-il si les marchés baissent pendant le prêt ?

Si la valeur de garantie passe sous le seuil prévu, la banque fait un appel de marge : apport de garanties supplémentaires, remboursement partiel ou sécurisation du portefeuille. À défaut, elle peut faire racheter le contrat ou vendre les titres.

Quelle différence entre crédit Lombard et avance sur assurance vie ?

L’avance est un prêt de l’assureur, prévu par le contrat, limité à ce contrat. Le crédit Lombard est un prêt d’une banque, négocié (montant, durée, forme in fine ou amortissable), et peut s’appuyer sur plusieurs contrats ou comptes. Les deux laissent l’épargne investie et ne sont pas imposés.

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Conseiller en investissements financiers (CIF), ORIAS n° 23007083 · Adhérent ANACOFI-CIF · Assuré en responsabilité civile professionnelle auprès d’AIG Europe