L’essentiel en cinq points
- On peut racheter des années d’études supérieures ayant abouti à un diplôme et des années civiles où moins de quatre trimestres ont été validés, dans la limite de 12 trimestres au total, entre 20 ans et moins de 67 ans, avant la liquidation de la retraite.
- Deux options : le taux seul (réduire la décote) ou le taux et la durée d’assurance (réduire la décote et augmenter la proratisation de la pension). La seconde coûte environ la moitié de plus, et le choix est irrévocable.
- Le prix dépend de votre âge et de vos revenus des trois dernières années : en 2026, de 1 055 € à 6 684 € le trimestre (barème Cnav, circulaire du 5 février 2026). Il culmine à 62 ans.
- Les sommes versées sont déductibles : de la rémunération imposable pour un salarié ou un gérant majoritaire, du bénéfice pour un artisan ou un commerçant en entreprise individuelle.
- Le rachat est rentable quand il permet vraiment de partir plus tôt au taux plein ; il est inutile si vous comptez travailler jusqu’à atteindre vos trimestres, ou jusqu’à 67 ans.
Qui peut racheter des trimestres ?
Le rachat, que l’administration appelle « versement pour la retraite », est prévu par l’article L. 351-14-1 du code de la sécurité sociale pour le régime général, et il s’applique aux artisans et aux commerçants, dont l’article L. 634-2 rend applicables les règles de retraite de base du régime général. Il est ouvert à l’assuré âgé d’au moins 20 ans et de moins de 67 ans à la date de la demande, dont la retraite n’a pas encore été liquidée (article D. 351-3).
Les années d’études supérieures
Sont rachetables les périodes d’études dans un établissement d’enseignement supérieur, une école technique supérieure, une grande école ou une classe préparatoire, à condition qu’elles aient abouti à un diplôme (l’admission dans une grande école ou une classe préparatoire en tient lieu). Il faut aussi que le régime auprès duquel vous rachetez soit le premier auquel vous avez été affilié après vos études. Une période de 90 jours consécutifs d’études vaut un trimestre (service-public.gouv.fr, fiche F15675). Des études suivies dans l’Union européenne peuvent être retenues sous conditions.
Les années incomplètes
Ce sont les années civiles d’affiliation pour lesquelles moins de quatre trimestres ont été validés : un démarrage en cours d’année, un temps partiel, une année de création d’entreprise avec un revenu trop faible, par exemple. Votre relevé de carrière sur info-retraite.fr les fait apparaître. Le rachat ne peut pas porter une année au-delà de quatre trimestres.
Les autres cas
Le même plafond couvre les périodes de sportif de haut niveau et les mandats d’élu local. Les stages obligatoires gratifiés effectués pendant les études supérieures depuis le 15 mars 2015 relèvent d’un dispositif distinct : deux trimestres au plus, à 481 € le trimestre, à demander dans les deux ans suivant la fin du stage, et comptés pour le taux seulement (fiche F15675).
Toutes périodes confondues (études, années incomplètes, sport de haut niveau, mandats locaux), on ne peut pas racheter plus de 12 trimestres, soit trois ans (article L. 351-14-1). Les trimestres rachetés ne comptent pas pour ouvrir le droit à une retraite anticipée pour carrière longue.
Un rendez-vous, une étude écrite, un seul interlocuteur : nous appliquons ces règles à votre cas.
Taux seul ou taux et durée : les deux options
Pour comprendre les options, il faut avoir en tête la formule de la retraite de base, identique pour un salarié et pour un artisan ou un commerçant : revenu annuel moyen des 25 meilleures années (plafonné chaque année au plafond de la Sécurité sociale) × taux × trimestres validés ÷ trimestres requis. Le taux plein est de 50 %. Il baisse de 0,625 point par trimestre manquant (décote), dans la limite de 20 trimestres, si vous partez avant 67 ans sans avoir la durée requise (service-public.gouv.fr, fiche F21552). Pour une personne née à partir de 1969, la durée requise est de 172 trimestres et l’âge légal de 64 ans (fiche F35063).
| Option 1 : taux seul | Option 2 : taux et durée d’assurance | |
|---|---|---|
| Effet | Les trimestres rachetés réduisent ou suppriment la décote | Ils réduisent la décote et s’ajoutent aux trimestres qui servent à proratiser la pension |
| Coût | Le moins cher | Environ 1,5 fois le prix de l’option 1 |
| Pour qui | Celui à qui il manque des trimestres pour le taux plein, mais dont la proratisation compte peu | Celui qui veut à la fois le taux plein et une pension non réduite par la proratisation |
Le choix est exprimé dans la demande et il est irrévocable (article D. 351-7). Le rachat porte sur la retraite de base : son effet sur les retraites complémentaires dépend des règles propres à chaque régime et doit être vérifié avec votre caisse.
Le barème 2026 du rachat de trimestres
Le prix d’un trimestre est fixé par un barème qui dépend de trois éléments : votre âge à la date de la demande, l’option choisie et la moyenne de vos salaires et revenus d’activité de trois années civiles (article D. 351-8) : pour une demande déposée entre le 1er juillet 2026 et le 30 juin 2027, ce sont 2023, 2024 et 2025 ; entre le 1er janvier et le 30 juin 2026, 2022, 2023 et 2024. Faute de nouvel arrêté, le barème établi pour 2013 reste applicable en 2026 ; seules les tranches de revenus, indexées sur le plafond de la Sécurité sociale (48 060 € en 2026), évoluent chaque année (circulaire Cnav n° 2026-04 du 5 février 2026).
| Âge en 2026 | Taux seul (prix d’un trimestre) | Taux et durée (prix d’un trimestre) | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Revenus < 36 045 € | 36 045 € à 48 060 € | > 48 060 € | Revenus < 36 045 € | 36 045 € à 48 060 € | > 48 060 € | |
| 30 ans | 1 487 € | 5,35 % | 1 983 € | 2 204 € | 7,93 % | 2 938 € |
| 35 ans | 1 771 € | 6,38 % | 2 361 € | 2 624 € | 9,45 % | 3 499 € |
| 40 ans | 2 065 € | 7,43 % | 2 753 € | 3 060 € | 11,02 % | 4 080 € |
| 45 ans | 2 366 € | 8,52 % | 3 154 € | 3 506 € | 12,62 % | 4 674 € |
| 50 ans | 2 672 € | 9,62 % | 3 563 € | 3 960 € | 14,26 % | 5 279 € |
| 51 ans | 2 734 € | 9,84 % | 3 646 € | 4 052 € | 14,59 % | 5 402 € |
| 55 ans | 2 980 € | 10,73 % | 3 973 € | 4 416 € | 15,90 % | 5 888 € |
| 58 ans | 3 162 € | 11,39 % | 4 216 € | 4 686 € | 16,87 % | 6 248 € |
| 60 ans | 3 275 € | 11,79 % | 4 367 € | 4 854 € | 17,48 % | 6 472 € |
| 62 ans | 3 383 € | 12,18 % | 4 510 € | 5 013 € | 18,05 % | 6 684 € |
| 64 ans | 3 214 € | 11,57 % | 4 285 € | 4 762 € | 17,15 % | 6 350 € |
| 66 ans | 3 044 € | 10,96 % | 4 059 € | 4 512 € | 16,24 % | 6 015 € |
Extrait de l’annexe de la circulaire Cnav n° 2026-04 (barème complet de 20 à 66 ans), pour les demandes déposées en 2026. Dans la tranche intermédiaire, le prix est un pourcentage de votre revenu moyen : à 40 ans, avec 42 000 € de revenus moyens, un trimestre au taux seul coûte 7,43 % de 42 000 €, soit 3 120,60 €. La plupart des dirigeants dont la rémunération dépasse le plafond de la Sécurité sociale relèvent de la troisième colonne de chaque option.
Le tarif réduit pour les études
Pour les années d’études de formation initiale, le prix est réduit d’un abattement forfaitaire de 670 € par trimestre (taux seul) ou 1 000 € par trimestre (taux et durée), sur quatre trimestres au plus (moins les trimestres de stage déjà rachetés), si la demande est déposée au plus tard le 31 décembre de l’année de vos 40 ans (article D. 351-14-1, version en vigueur depuis le 1er septembre 2023). Le paiement peut alors être étalé sur un, trois ou cinq ans quel que soit le nombre de trimestres.
Payer en une fois ou en plusieurs
Au-delà d’un trimestre, le versement peut être échelonné par prélèvements mensuels : sur un ou trois ans de 2 à 8 trimestres, sur un, trois ou cinq ans au-delà ; les échéances postérieures au onzième mois sont majorées selon l’évolution des prix (articles D. 351-11 et D. 351-12). Si les paiements s’interrompent (échéances impayées, départ en retraite, décès), le versement est arrêté et la part déjà payée qui excède les trimestres acquis est remboursée dans le mois (article D. 351-14).
Le rachat de trimestres est-il déductible des impôts ?
Oui, et sans plafond propre au rachat : les cotisations versées pour racheter des trimestres suivent le régime des cotisations sociales obligatoires.
- Salarié, président de SAS, gérant minoritaire de SARL : les sommes sont déduites de la rémunération imposable de l’année du versement (CGI, art. 83, 1°, a, version en vigueur depuis le 1er juillet 2026 ; la limite de 8 % de cet article vise la retraite supplémentaire, pas le rachat).
- Gérant majoritaire de SARL : sa rémunération est imposée selon les règles des salaires, après déduction des cotisations visées à l’article 154 bis, rachats compris (CGI, art. 62).
- Artisan, commerçant ou profession libérale en entreprise individuelle : les sommes sont déductibles du bénéfice imposable, comme les autres cotisations obligatoires (CGI, art. 154 bis, qui vise les rachats des articles L. 351-14-1 et L. 643-2 du code de la sécurité sociale).
L’économie d’impôt dépend de votre tranche marginale d’imposition (voir le barème de l’impôt 2026). Étaler un rachat important sur plusieurs années permet souvent de déduire chaque versement dans la tranche la plus haute, plutôt que de faire descendre le revenu d’une tranche en une seule année.
Rachat de trimestres pour les travailleurs indépendants
Les artisans, les commerçants, les gérants majoritaires de SARL et les associés d’EURL relèvent pour leur retraite de base du même mécanisme que les salariés : l’article L. 634-2 du code de la sécurité sociale leur rend applicable l’article L. 351-14-1, avec le même plafond de 12 trimestres et le même barème. La circulaire Cnav de 2026 précise que ce barème s’applique à la retraite de base des travailleurs indépendants, et aux artisans et commerçants pour les périodes à compter de 1973. La demande se fait auprès de l’Assurance retraite, qui gère la retraite de base des indépendants.
Le rachat d’années incomplètes est particulièrement utile pour un indépendant : les premières années d’une entreprise, avec un revenu faible ou un déficit, ne valident souvent pas quatre trimestres. Pour la moyenne de revenus du barème, la caisse retient le total des salaires et des revenus d’activité non salariée de trois années civiles, fixées selon la date de la demande (article D. 351-8).
Les professions libérales réglementées (affiliées à la CNAVPL : médecins, experts-comptables, architectes, par exemple) disposent d’une faculté de rachat comparable auprès de leur section professionnelle (article L. 643-2 du code de la sécurité sociale), avec ses propres conditions et son propre barème, à demander à la caisse concernée. Pour le panorama complet de la retraite des indépendants, voir notre guide de la retraite du TNS.
Racheter des trimestres, est-ce rentable ? Un calcul
Hypothèses : un gérant majoritaire de SARL né en 1975, 51 ans en 2026, revenus moyens supérieurs au plafond de la Sécurité sociale, trois années d’études supérieures non validées. Selon son relevé de carrière, il aura 168 trimestres à 64 ans, âge auquel il veut partir ; il lui en faut 172. Son revenu annuel moyen retenu pour la retraite de base est estimé à 46 000 € (hypothèse : il est plafonné chaque année, il ne peut donc pas dépasser le plafond). Il est imposé dans la tranche à 41 %.
| Sans rachat | Option 1 : taux seul | Option 2 : taux et durée | |
|---|---|---|---|
| Coût de 4 trimestres à 51 ans | 0 € | 14 584 € (4 × 3 646 €) | 21 608 € (4 × 5 402 €) |
| Économie d’impôt à 41 % (ordre de grandeur) | 0 € | 5 979 € | 8 859 € |
| Coût net d’impôt | 0 € | 8 605 € | 12 749 € |
| Taux de la pension | 47,5 % (décote de 4 × 0,625) | 50 % | 50 % |
| Proratisation | 168/172 | 168/172 | 172/172 |
| Retraite de base annuelle brute | 21 342 € | 22 465 € | 23 000 € |
| Gain annuel brut | - | 1 123 € | 1 658 € |
| Années de pension pour retrouver la mise nette | - | 7,7 ans | 7,7 ans |
Calcul : sans rachat, 46 000 € × 47,5 % × 168/172 = 21 342 € ; avec l’option 2, 46 000 € × 50 % × 172/172 = 23 000 €. Rapporté au coût brut, le retour prend environ 13 ans dans les deux options. La pension étant elle-même soumise aux prélèvements sociaux et à l’impôt, le délai réel est un peu plus long que ces chiffres. Avec une espérance de vie à la retraite de plus de vingt ans, l’opération se tient ici, d’autant que la pension est viagère. L’effet sur la retraite complémentaire, qui peut aussi appliquer un abattement en cas de départ sans le taux plein, n’est pas compté : il dépend du régime.
Quand le rachat n’a pas d’intérêt
- Vous atteindrez de toute façon la durée requise à l’âge où vous comptez partir : le rachat n’apporte rien.
- Vous comptez travailler jusqu’à 67 ans : la décote disparaît à cet âge, quel que soit le nombre de trimestres.
- Votre carrière dans le régime de base est courte (une longue période dans un autre régime, ou à l’étranger) : la proratisation pèse davantage que le taux, et les montants en jeu sont faibles.
- Vous risquez de changer vos projets : une fois payé, le rachat ne se récupère pas, et il ne profite pas à vos héritiers, hors pension de réversion au conjoint.
Le calcul se fait toujours sur votre relevé de carrière (info-retraite.fr), avec le simulateur de l’Assurance retraite, puis la demande d’évaluation adressée à la Carsat, qui répond avec un devis ; sans réponse sous deux mois, la demande est considérée comme rejetée (fiche F15675).
Rachat de trimestres ou versement sur un PER ?
Les deux réduisent l’impôt de l’année du versement et préparent la retraite, mais ils ne font pas la même chose.
| Rachat de trimestres | Versement sur un PER | |
|---|---|---|
| Ce que vous achetez | Une pension de base plus élevée, ou un départ plus tôt sans décote | Un capital, investi selon votre choix |
| Déduction | Comme une cotisation obligatoire, sans plafond propre | Dans la limite d’un plafond de déduction annuel |
| Rendement | Fixé par la pension obtenue, garanti à vie une fois liquidée | Selon les supports : fonds en euros ou unités de compte, avec un risque de perte en capital |
| Sortie | Rente viagère, sans choix | Capital, rente, ou les deux |
| Au décès | Rien, hors réversion au conjoint | Le capital revient aux bénéficiaires désignés |
En pratique, les deux se combinent. Le rachat est un bon emploi des premiers euros si le calcul ci-dessus est favorable ; le PER prend le relais pour le reste de l’effort d’épargne, avec plus de souplesse et une transmission possible. Pour estimer l’économie d’impôt d’un versement, utilisez notre simulateur PER.
Ce que nous faisons pour vous
Nous lisons avec vous votre relevé de carrière, nous chiffrons l’effet d’un rachat selon les deux options et l’âge de départ visé, et nous le comparons aux autres façons de préparer votre retraite : PER, assurance vie, contrat luxembourgeois pour les montants importants, épargne salariale ou holding lorsque vous dirigez une société. Vous repartez avec une étude écrite. Retrouvez les autres sujets du dirigeant sur notre page chef d’entreprise, notamment la rémunération du dirigeant et la retraite progressive.
Sources
Sources officielles consultées le 27 octobre 2026 : circulaire Cnav n° 2026-04 du 5 février 2026 (legislation.lassuranceretraite.fr : barème des versements pour la retraite applicable aux demandes déposées en 2026) ; circulaire Cnav n° 2026-01 du 5 janvier 2026 (plafond de la Sécurité sociale 2026) ; article L. 351-14-1 du code de la sécurité sociale (legifrance.gouv.fr, version en vigueur depuis le 1er septembre 2023) ; article L. 634-2 du code de la sécurité sociale (indépendants, version en vigueur depuis le 28 décembre 2023) ; articles D. 351-3 à D. 351-14-3 du code de la sécurité sociale (conditions, options, revenus retenus, échelonnement) ; article D. 351-14-1 (abattement pour les études) ; article 83 du code général des impôts (version en vigueur depuis le 1er juillet 2026) ; article 154 bis du code général des impôts ; Rachat de trimestres pour la retraite (service-public.gouv.fr, vérifié le 1er janvier 2026) ; Âge de départ et durée d’assurance (service-public.gouv.fr) ; Montant de la retraite du salarié du secteur privé (service-public.gouv.fr, vérifié le 1er septembre 2026). Les exemples chiffrés sont les nôtres, à partir des hypothèses indiquées.
